Du 24 mai au 3 juin 2018
Départ le dimanche 27 mai 2018
Village public quai Vendeuvre


Mardi 16 mai 2017

 

Le coup de force d’Imerys

 

C’est assurément le fait marquant de cette deuxième journée (déjà !) de course dans la Normandy Channel Race 8ème du nom, la prise de pouvoir tonitruante du duo Britannico Espagnol Phil Sharp-Pablo Santurde à bord du plan Manuard Imerys. Les deux hommes, respectivement deuxième et vainqueur de l’édition 2016 ont brutalement et sans crier gare placé dès le franchissement de Lands’End et de la marque de parcours de Wolf Rock, lancé une attaque au portant qui a littéralement collé sur place leurs plus impétueux adversaires. Ainsi, si le duo Maxime Sorel-Antoine Carpentier (V and B), leader à la pointe de la Cornouaille anglaise basculait en début de nuit au portant avec plus de 4 milles d’avance sur Imerys, il en comptait plus de 11 de retard au petit matin. A l’attaque et en situation de contrôle, Imerys pouvait enrouler Tuskar en milieu de matinée ave un petit matelas d’avance, et entamer une délicate sarabande au près, face au vent de Sud Ouest toujours fort, 25 noeuds et plus.

 

La mi-parcours en 48 heures !

48 heures de course seulement, et les leaders de la Normandy Channel Race en finissent avec la première moitié de la course. Phil Sharp et Pablo Santrude, impressionnants meneurs d’allure, ont en effet déjà parcouru près de 460 milles sur la route direct, à 9,4 noeuds de moyenne. Ils abordent cet après-midi le col hors catégorie de l’épreuve,  les 140 milles qui séparent le phare de Tuskar à celui du Fastnet, au sud de l’Irlande, dans les conditions les plus extrêmes pour un marin, vent et vagues dans le nez. « Heureusement, le courant vient quelque peu aplatir la mer » témoignait Halvard Mabire à bord de Campagne de France. Le ralentissement des leaders inhérent à cette nouvelle configuration de course a favorisé un certain regroupement et on dénombrait pas moins de  11 voiliers rassemblés en un petit paquet de quelques 18 milles aux abords de Tuskar. Si le vent va progressivement mollir au fil de la journée, il va aussi prendre de plus en plus d’ouest, et imposer un rythme de louvoyage qui va, au gré des bords plus ou moins rapprochants, redistribuer les places au classement entre ces voiliers si proches les uns des autres. Impressionnant aux allures  portantes, Imerys va t’il conserver sa superbe dans ce nouveau scenario à rebondissement proposé par le parcours de la course? Avec désormais moins de 11 milles les séparant de V and B, et une petite douzaine d’avec Calvados et Sensation Class40 (Lepesqueux- Monnet), la pression pourrait avoir changé de camp, et contraindre Phil et Pablo à maintenir un tempo élevé, épuisant pour les hommes et les machines.

 

9 voiliers étaient encore en route vers Tuskar en ce milieu d’après midi. Stéphane Bry et Simon Day (Team SPM) fermaient toujours la marche, avec la satisfaction d’avoir quelque peu jugulé l’hémorragie de milles d’avec la tête de la course. Ils évoluent avec toujours 110 milles de retard.

 

Claire et les Coast Guards

Symptomatique des conditions extrêmes rencontrées par les concurrents de la Normandy Channel Race, le petit incident qui a concerné aujourd’hui à la mi-journée Claire Pruvot et Louis Duc sur leur Class40 Calvados. Secouée et malmenée par une mer très hachée, leur balise de détresse fixée sur le balcon arrière du bateau s’est  intempestivement déclenchée, provoquant une réaction immédiate des gardes côtes Irlandais. Mais le niveau sonore à bord des voiliers au louvoyage sur une mer hachée est tel, que ni Claire ni Louis n’ont entendu l’appel des Irlandais sur la radio VHF. C’est Miranda Merron à bord de Campagne de France, qui évoluait à une faible distance, qui a entendu l’appel et s’est assurée visuellement que tout allait bien à bord de Calvados. Sans réponse de la part du voilier Calvadossien, les Irlandais on dépêché un « life boat » sur zone, par sécurité, tout étant parfaitement normal à bord.

 

Ils ont dit :

Phil Sharp, Imerys

« Pour l’instant, la Normandy Channel Race est à la hauteur de nos attentes, et la météo est typique de la Manche et de la Mer Celtique, couverte et humide. La mer et le ciel se confondent en une seule et même image grisâtre. Après avoir contourné l’île de Wight, cela a été difficile de rivaliser avec V and B et Serenis qui sont plus rapides que nous aux allures de reaching. On s’est accroché pour rester dans le paquet de tête, en essayant de perdre le moins de distance possible. Le Solent était très humide, et tout est toujours très compliqué dans ces parages. Il y  avait de nombreux grains et de la pluie. Absolument pas un temps à faire de la croisière. Puis on a été confronté à un long et pénible bord de près, à serrer le vent de manière très inconfortable, à taper de façon monotone contre les vagues.

Ce fut un soulagement en soirée de dépasser le cap Lizard. On a envoyé le gennaker et on a accru notre avance Nous savions que cette phase pouvait changer le cour du jeu et qu’il nous fallait être d’aplomb pour gérer ces rapides conditions. On s’est assuré de bien se reposer.

On a tiré très fort sur le bateau toute la nuit jusqu’à Tuskar. Les conditions me rappelaient celles de Québec-saint Malo, dans du vent fort et avec des surfes au bas des vagues. La seule différence était le temps maussade. Nous fûmes surpris au lever du jour de ne voir aucun bateau autour de nous. Le rythme a été si élevé durant toute la nuit que nous n’avons pas pris le temps de télécharger les classements. Cela a été une belle surprise de voir à quel point nous étions devant. Nous faisons route vers le Fastnet à présent, et nous nous attendons à beaucoup de près, et de nombreux virements de bord. On renoue avec le régime de casse-tête face au vent et nous allons essayer de trouver des solutions tactiques pour préserver notre avance.

Sinon, la question  qui revient toujours à bord : pourquoi ne naviguons nous pas dans les caraïbes ? »

Claire Pruvot, Calvados

« Pas facile de vous transmettre des infos hors zone de 4G. Notre informatique tient par l'opération du Saint Esprit . Alors on n'utilise que l'essentiel, Adrena et le téléchargement de grib. Cette nuit était tout à fait noire et très humide, on était bien speed à fond sous petit spi dans une forte houle. On a bien marché et on enroule Tuskar avec Marc et Jean Charles. Mais on a reperdu un peu de terrain. Et on tente maintenant de contenir le retour de Galfione. On tricote au près dans la brise et la forte mer pour s'abriter du courant à la côte irlandaise... Dans quelques heures, le vent devrait un peu mollir et j'espère que le bateau tapera moins ! »