Du 16 au 26 mai 2019
Départ le dimanche 19 mai 2019
Village public quai Vendeuvre


News N°9 –  Normandy Channel Race 2014 –  26 mai 2014.

Une 5ème édition en 5 étapes !

Les conditions météo de la Normandy Channel Race 2014 ont produit de nombreux rebondissements avec 4 regroupements de la flotte et par conséquent, de nouveaux départs et une redistribution des cartes. Ces 5 étapes nous sont contées par Sébastien Rogues (GDF SUEZ – premier) et Brieuc Maisonneuve (GROUPEMENT FLO – second) ! Portrait croisé de cette épopée scindée en 5 moments forts :

 

1ère étape - De Caen à l’île de Wight:

GDF SUEZ - Sébastien Rogues : Nous faisons un très bon départ et passons en premier la bouée de dégagement, c’est de bon augure pour la suite des événements ! Les conditions météo étaient parfaites pour faire un joli parcours en baie. Très rapidement, le tempo est donné en Manche avec beaucoup de stratégies différentes par petit temps. Nous sentons vite que tout le monde était prêt à en découdre.

GROUPEMENT FLO - Brieuc Maisonneuve : Bon départ, juste au vent de GDF SUEZ, nous nous sentons déjà dans le coup et c’est très motivant pour la suite. En ce qui concerne notre traversée de la Manche, nous nous apercevons avec plaisir que nous sommes plutôt à l’aise dans le petit temps. Il y avait un paquet de bateaux devant mais nous n’étions pas inquiet car notre objectif principal était de battre Halvard (Mabire – CAMPAGNE DE FRANCE) et il s’avère qu’il était derrière nous !

 

2ème étape - Le Solent :

GDF SUEZ - Sébastien Rogues : Nous arrivons en pleine nuit dans le Solent et la bataille est très intéressante car nous entrons à au moins 10 bateaux en même temps ! Ça se passe, ça se dépasse, ça se repasse ! Il faut nous battre contre le courant avec nombre de virements puis d’empannages. Nous choisissons de longer les côtes de l’île de Wight peut être un tantinet trop près au point de talonner assez fort un peu après Cowes… Nous sortons de la course un moment pour vérifier la structure du bateau et voir si tout allait bien pour continuer… C’est un épisode qui a un peu chamboulé notre début de course puisque nous avions désormais du retard sur notre stratégie.

GROUPEMENT FLO - Brieuc Maisonneuve : Nous sommes peu moins à l’aise dans les manœuvres car c’est la première fois que je navigue avec Rémi (Aubrun) mais c’est excellent entrainement pour la suite avec le nombre d’empannages effectués dans ce bras de mer !

 

3ème étape - du Solent au Cap Lizard :

GROUPEMENT FLO - Brieuc Maisonneuve : Objectif après le Solent : partir au large pour chercher plus de pression. Ce qui fonctionne aux premiers abords, mais a priori il se passe des choses à terre, à notre vent, et ils s’avèrent que nos camarades des côtes sont plus rapides. Nous choisissons alors de nous recaler au nord de la flotte au niveau de Start Point au moment de la renverse pour aller cherche la bascule de nord-ouest. En arrivant vers Lizard, ça pétole, donc nous lofons pour passer au plus près de la côte et trouver la petite brise thermique qui s’établit sur les terres.

GDF SUEZ - Sébastien Rogues : Nous subissons un peu la suite des événements. A la sortie du Solent, une option se dessine rapidement vers le sud mais nous ne parvenons pas à la prendre, nous sommes un peu perdus, le talonnage a vraiment chamboulé notre mode de fonctionnement. Nous sommes 8ème à l’arrivée au Cap Lizard mais finalement pas inquiets car il y a encore beaucoup de regroupements à venir. Nous préférons donc nous préserver en vue de la bataille finale, ne pas prendre trop de risque. Même si c’est dur de voir les camarades filer à côté de nous.

 

4ème étape – Du Cap Lizard aux Sept îles en passant par le Tuskar Rock :

GROUPEMENT FLO - Brieuc Maisonneuve : Nous touchons en premier la petite brise thermique que nous cherchions et faisons route à vive allure sur Land’s End, la pointe sud ouest de la Grande-Bretagne. Et pour la première fois depuis le départ, nous prenons la tête du classement. C’est toujours très grisant de voir les autres ralentir et nous partir doucement mais surement. Nous attendions avec hâte de savoir ce qui se cachait derrière la pointe ! Nous assumons notre option, certes osée, de coller à la côte même si nous voyons la flotte se regrouper juste à côté de nous car nous voulons absolument continuer à glisser sous leur vent en longeant la Cornouaille anglaise. CAMPAGNE DE FRANCE est 0,5 milles à notre vent, nous ne perdons pas notre objectif de vue (battre Halvard !), et nous sentons qu’en abattant, nous touchons un tout petit peu plus de pression que les autres. Nous sommes en phase avec notre stratégie de rester proches des côtes, quittes à s’éloigner de la route directe. CAMPAGNE DE FRANCE commence lui à lofer pour revenir vers la route et est suivi du reste de la flotte qui lui fait certainement plus confiance qu’à nous ! Et puis quand je fais de la voile, c’est aussi pour les beaux paysage, on se devait d’aller jeter un œil  aux côtes, c’était magnifique !

Nous virons en pleine nuit aux abord de l’île de Lundy pour faire route vers Tuskar Rock que nous atteignons vers 15 heures le lendemain dans un vent mollissant et un fort contre courant. Nous passons le Tuskar Rock en une heure ! C’est long ! La colonie de phoque du phare irlandais s’est bien gaussé de voir le tandem franco-belge tant galérer. Le Tuskar passé, nous repartons tout fiers de nous maintenir en tête de flotte. Nous creusons l’écart en croisant sous spi nos camarades à l’arrêt non sans un certain plaisir. Néanmoins, nous restons vigilants car nous savons qu’en voile, rien n’est jamais acquis. Qui plus est, une infâme « bullasse » est centrée sur notre trajectoire… Nous savons que nous serons les premiers à y rentrer, impossible de le contourner… La fatigue se fait ressentir au bout de trois jours de course et nous commettons quelques erreurs de navigation et de manœuvre. En conséquence, nous commençons à ressentir l’haleine chaude et fétide du « nain jaune » lancé à nos trousses. Quelques heures plus tard, nous rentrons comme convenu dans le front occlus sous une pluie glaciale et de nuit, et pour la première fois de l’épreuve, j’ai du enfiler mes bottes… Coup dur pour le moral !

Au petit matin, brouillard, contre courant et gueule de bois au menu, puis nous voyons dans notre tableau arrière 5-6 bateaux fondant sur nous. Mais nous ne nous démoralisons pas et faisons route direction Guernesey dans un léger flux de nord-est qui commence à s’établir ! Encore un sacré regroupement de flotte.

GDF SUEZ - Sébastien Rogues : Brieuc part très très loin à l’est, nous restons centrés avec CAMPAGNE DE FRANCE et ERDF – Des pieds et Des mains. L’EXPRESS – TREPIA aussi se joint à nous. Il faut attraper les bascules finement au bon moment et avant les autres. Nous nous échappons un peu avec CAMPAGNE DE FRANCE au niveau du phare irlandais que nous enroulons très largement afin d’éviter un nouveau câlin avec les cailloux. Une fois passé, nous sommes, avec Bertrand (Castelnerac), remontés comme des pendule pour la grande descente vers la Bretagne. Nous parvenons à passer Halvard Mabire et Miranda Merron de CAMPAGNE DE FRANCE et nous revenons fort sur GROUPEMENT FLO à la marque bretonne avec seulement 8 milles d’écart (Brieuc et Rémi en comptaient plus de 20 après le Tuskar Rock). Ils ont enroulé lentement la marque de Lizen Ven Ouest quand nous étions encore sous spi. Nous les guettions avant sur un classement avant, cela fait donc plaisir de les avoir en visuel avec les feux de mât. A partir de là, « tu vises, tu cadres et tu shoot » comme un pilote de chasse. Un concurrent à vue est un concurrent à qui on peut agripper le tee-shirt et l’attraper !

 

5ème étape - des Sept îles à Ouistreham :

GROUPEMENT FLO - Brieuc Maisonneuve : Nous sommes assez à l’aise dans le tout petit temps donc nous décidons de vendre chèrement notre peau à la meute de concurrents affamés décidés à nous faire payer l’affront de Tuskar ! Plus de vent, nous sommes à quelques milles de la pointe sud-est de Guernesey et de l’entrée du Petit Russel,  le « nain jaune » est à quelques encablures à notre vent, TEAM WORK est ½ mille derrière nous et plusieurs voiles commencent à être visible sous notre vent. Nous commençons à reculer gentiment au GPS, je prends donc la décision de mouiller par 68 mètres de fond… Juste au moment où une petite risée cueille notre adversaire… Il nous faut 15 minutes pour remonter le mouillage et nous offrons ainsi 2 milles au bateau gris et jaune gratuitement…

A contre-courant, dans les îles anglo-normandes, il n’y a pas 50 solutions, il faut aller « aux cailloux » pour pouvoir progresser vers la Hague. En tant que Granvillais, je connais relativement bien le coin et même si parfois j’ai du mal à reconnaitre quelqu’un que j’ai croisé la veille, je me souviens toujours des cailloux que j’ai pu croiser il y a plusieurs années.

GDF SUEZ attaque par le Petit Russel, nous décidons de passer par la côte est de Herm. Nous enchainons les virements de bord dans les petites baies à la recherche du moindre contre-courant et c’est assez chaud… Les lumières sont magnifiques malgré une petite brume qui commence à tomber. Nous sommes même obligés de faire demi-tour dans une baie car il n’y a pas de porte de sortie au milieu des rochers… C’est la guerre !

Nous ressortons du Grand Russel et faisons route vers Aurigny, sur un bord en attendant l’étal. GDF surgit de la brume sous notre vent et est obligé d’abattre car il est bâbord amure… Priorité oblige ! Le dernier round commence. La problématique est simple : notre adversaire va un peu plus vite avec un bateau très affuté et un équipage de pros surentraînés. Groupement Flo est un peu plus lent et Rémi et moi naviguons ensemble pour la première fois. Si nous voulons gagner, nous devons rompre l’engagement et créer du décalage. Le seul « coup » à tenter est de passer par le chenal du Singe, à l’ouest de l’île d’Aurigny. Si le courant est déjà favorable dans le Singe, on peut repasser devant GDF SUEZ avec une petite avance. Malheureusement, la renverse avait déjà eu lieu dans le Raz Blanchard et nous ressortons avec deux milles de retard. Aucun regret…

La fin de course est assez fermée, peu d’opportunité pour lancer une attaque, nous nous accrochons pour ne pas se faire trop distancer par la machine de guerre qui nous précède. Nous franchissons la ligne d’arrivée en deuxième position, 20 minutes derrière la fusée jaune…

GDF SUEZ - Sébastien Rogues : C’est le dernier grand regroupement où nous rattrapons GROUPEMENT FLO tout en nous faisant rattraper par TEAM WORK et d’autres. Petite pensée pour Brieuc et Rémi qui ont su s’échapper deux fois de belle manière pour se faire rattraper à chaque fois. Mais il ne faut pas nous donner ce genre d’opportunité. Au sud de Guernesey, ce n’était pas encore gagné, nous avons eu du mal à passer le Little Russel alors que GROUPEMENT FLO parvient à passer le Big Russel plus aisément. Après près de 1000 milles de course nous sommes même obligés d’abattre en les croisant, passant à 30 cm de leur tableau arrière, incroyable après plus de 4 jours de course ! À Aurigny, nous décidons de passer au sud, tandis qu’ils vont au Nord, nous prenons alors 2 milles d’avance, que nous sommes parvenus à conserver jusqu’à la ligne d’arrivée, tout s’est finalement joué à Aurigny. À partir de là, nous sommes confiants, notre stratégie se déroule comme convenu. La probabilité qu’ils nous repassent serait clairement dû à une erreur de notre part. Nous les contrôlons sur tout le bord de près jusqu’à Antifer, dernière marque du parcours. Une fois sous spi, c’était la délivrance et une véritable explosion de joie à l’arrivée.

 

CONCLUSIONS :

GDF SUEZ - Sébastien Rogues : C’est une course où tout le monde a laissé beaucoup d’énergie, nous sommes donc particulièrement fiers d’avoir eu le dernier mot. Et puis cela signifie que nous avons réussi le grand chelem car nous n’avons pas perdu depuis le Trophée Guyader de 2013 jusqu'à la Normandy Channel Race 2014. Cela fait un an que l’équipe GDF SUEZ gagne tout, c’est extra. Maintenant nous avons la pression d’une certaine manière car nous avons tout à perdre ! Maintenant si l’on gagne cela pourrait sembler « normal », si l’on perde, nous sommes « nuls »… Donc nous restons concentrés pour la suite des événements et nous allons bien sur tout faire pour continuer sur cette lancée ! Trophée SNSM et Route du Rhum/ Destination Guadeloupe, nous voilà ! Pour revenir sur la Normandy Channel Race, il y a rarement des parcours aussi chouettes que celui là en Class40. D’autres courses ont la même distance mais sans les soucis de côtes, de courants de veille permanente. La Normandy Channel Race a des exigences toute particulières, ce qui la rend passionnante !

GROUPEMENT FLO - Brieuc Maisonneuve Probablement une des plus belles courses de ma vie, du suspense jusqu’au bout et un équipier hors pair. Le duo a bien fonctionné et si je devais reprendre la mer en double, ce sera avec Rémi Aubrun !

Pas de regret sur le classement, lorsque nous avions vu le niveau des inscrits, rentrer dans le « top ten » paraissait déjà difficile donc une deuxième place, je signe. C’est déjà assez inespéré compte tenu de l’hiver épouvantable que j’ai passé au CHU de Caen à soigner une grave infection pulmonaire durant lequel j’ai failli plusieurs fois renoncer à toutes participations aux courses de la saison 2014.
Prochaine échéance, le record SNSM en juin, couru en solitaire. Le rendez-vous est pris avec Sébastien Rogues pour disputer le second round !

 

Rendez-vous l'année prochaine !

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