Du 16 au 26 mai 2019
Départ le dimanche 19 mai 2019
Village public quai Vendeuvre


Au près vers les Scilly

A l 'exception de Novedia Initiatives (Delamotte-Galfione) et Groupe Partouche (Coatnoan-Lautrou) en lutte bord à bord et en approche du phare du Fastnet, les 6 autres concurrents de la Normandy Channel Race singlent vers les îles Scilly, chapelet de cailloux disséminés à la pointe occidentale de l 'Angleterre. Grand bonheur de la nuit pour ces navigateurs, la brume, collante et tenace depuis trois jours, se déchire et se dissipe au fur et à mesure que les Class 40 glissent vers le Sud. Le régime de navigation lui n 'a en revanche guère changé et c 'est toujours penché contre le vent qu 'il faut progresser vers la Manche et la Normandie.

"Destination Dunkerque" et son duo de skipper Thomas Ruyant-Tanguy Leglatin poursuit son sans faute avec une optimisation de route qui force l 'admiration. Pas de bords inutiles pour Tom et Tang qui ne sont plus ce matin qu 'à 300 milles de l 'arrivée. Le vent de secteur Sud Est de la nuit risque avec le jour de diminuer en force tout en prenant de plus en plus d 'Est. Les estimations quant à l 'heure d 'arrivée ne les voient ainsi pas avant dimanche matin couper la ligne d 'Hermanville sur mer. Dans le sillage de ces solides leaders, on observera ce matin le décrochage du duo Néerlando-Belge Roelland Frannssens-Michel Kleinjans (Moonpalace)  hier encore à la lutte avec Halvard Mabire et Peter Harding pour le fauteuil de dauphin. Ces derniers ont donné à leur "40 Degrees un matelas encore jamais atteint de 20 milles d 'avance. "Moonpalace doit désormais regarder dans ses rétros fondre sur lui le "miraculé" de la course, le voilier "Appart City" à Yvon Noblet et David Taboré qui avait, on s 'en souvient, failli démâter il y a deux jours et qui navigue depuis avec un gréement rafistolé.


Le mot d 'Halvard
Réflexions d 'Halvard Mabire, co- skipper avec Peter Harding du Class 40 '40 Degrees" actuellement deuxième de la Normandy Channel Race
:

"On ne peut pas dire que l 'on en ai vu grand chose de l 'Irlande!
Le Fastnet? On a à peine vu le socle du rocher au moment de le passer, On n 'a même pas vu la base du phare, rien.
On se demande un peu comment on aurait pu gérer, "dans le temps", ce parcours où nous avons fait du rase cailloux quasiment en permanence sans jamais les voir.
Le GPS n 'est pourtant pas si vieux que cela. C 'est devenu assez commun au début des années 90. En 91 nous commencions à en avoir sur le Figaro. Ca a changé la donne. "Dans le temps", qui semble bien loin maintenant (il faut dire que c 'était au siècle dernier, à l 'époque du noir et blanc et du film muet!), avant même de savoir où on allait, il fallait déja savoir où on était. Aujourd 'hui on sait parfaitement où on est, même si on ne voit rien! Quand on y pense ca fait drôle de savoir parfaitement où on est sur une carte, sur un écran d 'ordinateur, alors qu 'en fait on est nulle part puisqu 'on ne voit rien! Ou est la réalite ou est le virtuel?
Ce qui est sidérant c 'est à quel point culturellement les choses s 'installent vite. Aujourd 'hui personne ne se pose la question de la difficulté encore toute récente du positionnement, puisque l 'on est entoure de GPS qui nous disent en permanence non seulement où on est, mais qui peuvent aussi permettre de "tracker" n 'importe quoi ou n 'importe qui. N 'importe qui arrive à positionner tout objet ou toute personne sur une carte, sans même savoir ce qu 'est le Nord, ni sans être capable d 'avoir la moindre idée d 'orientation basique par rapport au soleil.
Une fois que le grand mystère du positionnement n 'est plus la, cela devient plus difficile de faire du sensationnel. Tout le monde se souvient de Tabarly surgissant de la brume a Newport pour gagner la Transat en 76. Probablement qu 'un des élément du succès médiatique de cette victoire vient du fait qu 'elle était inattendue, et qu 'elle est sortie de la brume, comme une apparition divine.
Maintenant que vous savez tous où on est et que le classement, connu en permanence, ne permet plus de remplir les pages avec des supputations ou des prognostics, j 'ai l 'impression que tout le monde se demande un peu de quoi on va bien pouvoir parler.
C 'est pouquoi on nous pose la question de savoir si nous avons une "stratégie". Au risque de décevoir beaucoup de monde, je peux vous dire que la strategie, c 'est a dire de decider a l 'avance de ce que l 'on va faire, c 'est bidon pour des bateaux comme des Class40. Seuls les grands multicoques de records transoceaniques peuvent vraiment jouer avec la météo, sinon, en règle generale, c 'est plutot la meteo qui joue avec les bateaux. On se trouve a tel endroit a telle heure et il n 'y a pas vraiment le choix de ce que l 'on peut vraiment faire.Ou plutot si, on peut faire le choix de faire la connerie de faire ce qu 'il ne fallait justement surtout pas faire, et c 'est comme ca que l 'on "donne" des places aux autres. Quand on avance meme pas a l 'allure d 'un Velosolex, on ne peut pas "traverser" le plan d 'eau pour aller chercher une option miracle. C 'est pourquoi on s 'aperçoit que de plus en plus "la flotte a raison" (ce qui est normal avec le niveau qui monte) et que le vainqueur s 'est finalement rarement éloigné de la route la plus directe. Le positionnement des bateaux en course tient beaucoup plus d 'un enchainement de réactions par rapport a une situation instantannee que d 'une stratégie decidee a l 'avance. Tout ca pour dire que sur 40 Degrees, la strategie c 'est de ne pas en avoir et que je jeu consiste plutot a s 'adapter au mieux aux situations qui se présentent.
A bientot
40 Degrees."