Du 16 au 26 mai 2019
Départ le dimanche 19 mai 2019
Village public quai Vendeuvre


Il était très exactement 8 heures 52 minutes ce matin lorsque Thomas Ruyant et Tanguy Leglatin ont franchi la ligne d 'arrivée de la toute première édition de la Normandy Chanel Race. Ils emportaient l 'épreuve à bord du Class 40 "Destination Dunkerque" après 6 jours, 18 heures et 52 minutes d 'une régate pleine d 'inattendus et de rebondissements (5,85 noeuds de vitesse moyenne). 20 petites minutes après, c 'est le Normand Halvard Mabire et son compère Britannique Peter Harding qui en finissait avec les 1 000 milles théoriques de cette grande "virée" en Manche, Atlantique et Mer Celtique. La dernière nuit de course, celle de tous les dangers avec un homérique passage au raz Blanchard, a finalement souri au voilier Dunkerquois pourtant sous la menace depuis le contournement du Fastnet d 'un Mabire de plus en plus pressant et qui a parfaitement joué son va-tout dans les courants au large de Cherbourg. "40 Degrees" de Mabire et Harding termine à vue du vainqueur. Ces deux voiliers auront donné à cette première édition de la Normandy Channel Race tout son relief, soulignant à la lumière de leur féroce empoignade toute la diversité technique et technique d 'un parcours auquel il n 'aura finalement manqué qu 'un zeste de lumière, la brume ayant noyé les jolis rivages anglais et Irlandais lors du passage de la majorité des concurrents.


Ruyant : en pensant au Rhum
Vainqueur du Grand Prix de Douarnenez il y a deux semaines à bord de "Destination Dunkerque", le jeune skipper Nordiste triomphateur en novembre dernier à Salvador de Bahia de la Transat 6,50 Charente Maritime-Bahia aura donc vite sauté la page" apprentissage" de son arrivée dans la Classe des monocoques de 40 pieds. Associé au "magicien" Lorientais Tanguy Leglatin, entraineur, coach et conseiller de navigateurs et en passe de se forger une belle réputation de "faiseur de champion", Ruyant, en remportant de belle manière  la Normandy Channel Race fait mieux que respecter le tableau de marche qu 'il s 'est fixé pour arriver fin prêt au départ de la Route du Rhum en octobre prochain ; "La Normandy Channel Race est une  course formidable. C 'est une épreuve très intense, très dure physiquement, un peu comme une (très) longue étape du Figaro" explique Thomas. "Avec Tanguy, nous avons navigué comme deux solitaires, partageant équitablement absolument toutes les tâches, que ce soit la barre, les manoeuvres d 'avant ou de cockpit, la météo et la stratégie..." En tête quasiment dès la première nuit, Ruyant et Leglatin ont dans un premier temps géré leur course sans se mettre la pression. Le premier épisode de portant vers l 'île de Wight leur a donné l 'occasion de "lâcher les chevaux" et de creuser un premier écart. Le passage dans le solent et les longs bords de près vers le cap Lizard ont vu un groupe de concurrents très véloces revenir au contact ; Halvard Mabire et Peter Harding étaient déjà aux avant postes, en compagnie d 'Yvan Noblet et David Taboré (Appart City) et des surprenants Néerlando-Belge Roland Jannssens et Michel Kleinjans. La remontée vers le phare de Tuskar Rock dans le Sud Est de l 'Irlande au portant dans un flux de Sud Ouest forcissant a de nouveau permis à "destination Dunkerque" de montrer son formidable potentiel au vent arrière. Le plan Verdier creusait de nouveau un écart enregistré jusqu 'à près de 30 milles sur le duo Mabire-Harding accrocheur en diable, et qui avait lui aussi réussi dans le même temps à de défaire de ses poursuivants. Le retour vers la Normandie  depuis le Fastnet relançait l 'issue de l 'épreuve quand,  au terme d 'un excellent bord de près dans le brouillard, "40 degrees" revenait dans le tableau arrière du leader. Jobourg, le raz Blanchard apparaissaient alors comme les véritables juges de paix capables de forcer la décision. "Il nous a fallu nous y reprendre à deux fois pour passer" raconte, amusé, Thomas Ruyant. "On a progressé au second essai en escalier, au plus près des cailloux. Nous étions alors sûr qu 'Halvard qui connait parfaitement le coin, nous avait passé..." La traversée la nuit dernière de la baie de Seine était pour le tandem Ruyant-Leglatin chargé des brumes de l 'angoisse. "Tanguy était à l 'avant et scrutait le brouillard. On s 'appelait pour savoir s 'il y avait une voile en vue...." De voile il n 'y eut point, sinon dans le tableau arrière de "Destination Dunkerque" qui émergeait peu avant 9 heures dans l 'éclatant soleil resplendissant le long des plages du Calvados. Le coup de canon libérait la pression des épaules des vainqueurs qui n 'avaient que 20 minutes à attendre pour féliciter de vive voix le tandem Mabire-Harding sur la ligne d 'arrivée.

Mabire : une superbe course... un peu courte
Certes, il aurait aimé que le parcours compte quelques encablures supplémentaires ; Halvard Mabire avouait une petite déception de finir si près de la victoire. Déception vite digérée à l 'examen "à chaud" de la course. "C 'est un bon résultat pour nous. Nous avons bien navigué, sans faire de fautes majeures. Notre bateau, sans être le plus optimisé de la flotte a démontré qu 'il était performant à toutes les allures et c 'est ce qui nous a permis de bien figurer. Peter est un compagnon de voyage charmant et très volontaire." A l 'aise tout au long d 'un parcours qui lui a permis de "revisiter" les secteur les plus mythiques de la course au large et de la régate, Cowes et le Solent, Lizard et son cap, les phares de Tuskar et du Fastnet, les anglo-Normandes et le nez de Jobourg, Mabire a su faire parler son expérience et sa connaissance d 'un plan d 'eau qu 'il laboure depuis plus de 30 ans. A la recherche d 'un budget pour la Route du Rhum, il se sait prêt à bien figurer au sein d 'une Classe en pleine expansion et qui a trouvé dans la Normandy Channel Race, un formidable support d 'expression.

Pendant ce temps sous Barfleur...
Un autre tandem s 'explique sans fioriture pour le gain de la troisième place à hauteur de la pointe de Barfleur, à quelques 45 milles de l 'arrivée ; "Appart City" à Yvon Noblet et David Taboré tient pour le moment la corde, 2,9 petits milles devant le Belge Michel Klmeinjans associé au Néerlandais Roelland Franssens sur "Moonpalace". Le fort courant conjugué avec un vent allant mollissant ne laissent pas espérer l 'issue de ce duel qui dure depuis le Solent avant la fin de soirée...


Ils ont dit :

Thomas Ruyant (Destination Dunkerque) :
"On termine très fatigué. La course a été belle, parce qu 'elle a été dure. Une course difficile est une course qui varie les difficultés technique. Ce fut le cas tout au long de la semaine, où il a fallu être constamment en alerte, de par la complexité du parcours, à cause aussi d 'une flotte performante et toujours très compacte, et parce que les conditions météo ses sont montrées difficilement prévisibles. Tanguy m 'a beaucoup aidé à me familiariser toujours et encore avec mon nouveau bateau. Je sais que je dois encore progresser dans le travail à la table à carte, avec les outils modernes informatiques notamment. Le bateau correspond parfaitement à toutes mes aspirations et nous avons rempli de grandes pages d 'observations en vue de l 'optimisation pour la Route du Rhum"

Tanguy Leglatin (Destination Dunkerque)
"On est ravi de cette victoire. Le final a été stressant, car dans la brume, nous étions inquiets de ne pas savoir si "40 Degrees" nous avait passé. Le parcours est génial, et la réduction avec élimination du passage aux Sept îles n 'a pas changé grand chose. Le jeu dans les Anglo-Normandes étaient passionnants. Une très belle course à vivre.... mais il était temps qu 'elle se termine car nous en avions fini hier soir avec notre dernier repas..."

Halvard Mabire (40 Degrees)
"Il nous a manqué quelques milles pour espérer passer devant. Cela reste une belle performance. Par contre, la prochaine fois il faudra tout de meme apporter quelques modifications :
- remettre l 'Irlande en place
- enlever un peu de brume (pas trop, ça nous manquerait - on s 'habitue a tout)
- regarder d 'un peu plus près les périodes de lune car cette fois-ci on a l 'impression qu 'on finit quand on aurait du commencer.
- cette fois ci vous avez reussi a faire la boucle quasi complète au près a tirer des bords, on pourrait essayer la même tout au portant.

Petite annonce :
"Mer Cenaire, expérimenté, présentation correcte, maitrisant diverses langues sauf celle de bois, sachant à peu près faire avancer un bateau et si possible dans la direction souhaitée et aussi le maintenir en état, cherche place de Skipper pour faire enfin de la course sérieusement. Période d 'essai possible pendant la Route du Rhum, et engagement à plus long terme possible si affinité. Merci de vous adresser à la Rédaction qui transmettra...."
Halvard Mabire



Pierre-Yves Lautrou, Groupe Partouche
"Connaissez-vous l 'expression "comme un lapin pris dans les phares" ? C 'est à peu près la sensation que l 'on a parfois en traversant le rail des cargos en Manche, la nuit. Malgré l 'expérience et une vigilance de tous les instants, malgré la cartographie électronique et cette technologie miraculeuse qu 'est l 'AIS - qui indique sur MaxSea la trajectoire des navires équipés du même système et le risque de collision - c 'est toujours une sacrée expérience.
Invariablement, il arrive un moment où vous vous retrouvez face à des feux en route vers vous et vous vous demandez... si ça passe. OK, je vois son rouge, donc il passe devant... ah, je vois son rouge ET son vert, donc, on est juste dans son axe, glups! Oui, mais sur l 'AIS, ça passe... Attends, on va plus voir que son vert... et voilà, ça passe...
Avec ce genre de petits plaisirs, les nuits passent vite en Manche.
En attendant, on navigue toujours sur les portières, comme on dit, explorant dans ses moindres recoins les plaisirs subtils et cachés du près, sous GV 1 ou 2 ris (jusqu 'à 20 nds hier soir). Plus de pétole pour l 'instant, mais ne soyez pas déçus, on vous en a gardé une dernière pour notre ultime virée, demain soir, chez les gardes-barrières, ceux de La Hague et de Barfleur - du moins c 'est que nous indique le dernier fichier reçu, car la high tech satellite remarche enfin.
 
Je vous laisse, le jour se lève, et avec un bon Nescafé brûlant, c 'est un spectacle qui vaut le détour...
 
A bord de Groupe Partouche,
Christophe et PYL